Promouvoir la responsabilité sociale des cadres par la formation initiale et continue
A ce jour, les conditions d’exercice d’une responsabilité professionnelle des cadres qui prendraient mieux en compte la dimension sociale, environnementale et sociétale de leurs activités sont loin d’être réunies. La pression du court terme, la compétitivité par les coûts, le pilotage par les critères financiers sont autant de modes de gestion qui n’autorisent pas ou peu l’élargissement de l’assiette des critères de gestion, de décision, à ces différentes dimensions.
Force est également de constater que la liberté d’expression, la possibilité d’exprimer une parole différenciée, alternative ou contradictoire, voire une parole de refus en certaines circonstances, est loin d’être une réalité quotidienne pour de très nombreux cadres.
Il n’y a pas ou peu de réel débat au sein des comités de direction avant toute prise de décision importante. Olivier SIBONY, directeur associé senior McKinsey, dans un article du journal Les Echos le 16 mars 2006 conforte notre analyse :
« Imaginerait-on un verdict rendu au terme d’une instruction à charge et de débats où le seul procureur aurait été entendu ? Ce modèle est pourtant celui qui prévaut dans beaucoup d’entreprises au moment de prendre des décisions aussi cruciales qu’un investissement majeur ou une grande acquisition.... La solution passe par l’adoption pour les décisions cruciales, de processus formalisés qui garantissent la qualité de l’instruction et la richesse des débats... ».
Au-delà du constat, il faut s’interroger sur le pourquoi d’une telle situation, et remonter l’arbre des causes. La formation des managers, initiale ou continue, a-t-elle correctement préparé ces derniers à gérer des tensions, des conflits, à prendre en compte la diversité comme source de richesse, à organiser la confrontation, à créer les conditions d’une responsabilité citoyenne ?
Dans le champ des pratiques managériales, des systèmes de pilotage, des outils d’analyse de la valeur et autres instruments de gestion, la formation a-t-elle préparé les décideurs à une meilleure prise en compte du risque social, environnemental, sociétal ? La formation a-t-elle préparé à la prévention de ces risques, aux conséquences des choix des entreprises en termes de coûts reportés sur la société, les collectivités, le bassin d’emploi ?
Il nous faut sortir de trop nombreuses années de pensée unique d’un modèle de pilotage des entreprises où responsabilité globale, responsabilité sociale et sociétale n’ont pas trouvé place dans les contenus pédagogiques de formation.
Pour les cadres, les conditions d’exercice de la responsabilité professionnelle doivent mieux prendre en compte les enjeux sociétaux et environnementaux de leurs actions. Plus qu’une question d’éthique des individus, il s’agit bien de questionner les instruments et les critères de gestion et de décision des entreprises. Un vrai défi pour la formation initiale des futurs décideurs et la formation continue des managers en exercice.
Notre Initiative internationale pour la responsabilité sociale des cadres (IRESCA) participe pleinement de cette volonté de promouvoir une autre manière de manager et de décider. L’urgence est de libérer la parole, de peser sur les contenus de formation des futurs décideurs, de créer les lieux d’échanges et d’expression, plurielle et diversifiée, avec les différentes parties prenantes du Manifeste pour la responsabilité des cadres.
Jean-Paul Bouchet
CFDT Cadres